
À propos de Wenceslas


MATIERE DE SONGES
Marc Lambron, de l’Académie française - Préface de l'exposition de Marseille - Juin 2022
A l’aube de la photographie, des pionniers érigèrent la ville en objet esthétique, tels Marville, Atget, plus tard Berenice Abbott. Leurs relevés d’aspects valaient poétisation de fragments urbains.
Il en découlait un certain rapport au paysage, au site, à l’objet.
Tout héritage suscite des mutations. En échantillonnant des formes, en ajoutant du hasard au perçu, en instillant de la propulsion dans l’immobile, les photocompositions de Wenceslas situent à hauteur de piéton un hymne électrique à la cité. L’artiste s’est promené dans les rues de Marseille et Paris comme on choisit un biotope d’imaginaire.
L’œil s’est arrêté sur des propositions, l’aléa de la promenade a fécondé des rapprochements.
Wenceslas agence des bribes de réel. Il photographie des matières, des textures, des téguments, puis les recombine selon un principe d’aléa dirigé. Cela tient de la mimesis et de l’assemblage. La combinatoire respecte la figure-source mais la projette vers des possibles inattendus.
Ces prélèvements nourrissent des expansions, ces hybridations systématisent le détournement d’artefacts. Des bouches d’égout fleurissent en arsenal de boucliers, des moyeux métalliques
se voient traités comme des mandalas toltèques. Logique de musique industrielle : on dirait la captation de formes cinétiques figées, comme des concrétions de métaux parlants.
L’absence de silhouette humaine condense ici le réel selon le projet d’un invisible œil-démiurge. L’agrégat signe sa présence. Sous la focale numérique, la matière exsude du rêve. Frottis, à-plats, décapages, usures, l’objectivité des choses se mue en expérience quasi-psychédélique, avec ses rotations, ses ruissellements, ses pigmentations. Wenceslas n’altère pas les couleurs :
la palette se tient dans les objets, le chromatisme résulte de leur composition.
En zone azuréenne, ses camaïeux donnent à voir le bleu du sol. En zone balnéaire, le mauve des plages.
Mais ils exaltent aussi une virtualité de métamorphoses, offrant au regard des aérolithes arrêtés, des veines aurifères, des buissons coralliens, des ponctuations stellaires.. A peine si l’on consent un droit d’asile, par exception, à des mythes humains tronçonnés, cisaillés, brisés en kaléidoscopes-hommages, le défunt prince Philip d’Edimbourg, le David Bowie d’époque Ziggy. Comme si Marseille et Paris, villes-monde, dialoguaient outre-Manche avec une autre métropole des mélanges.
Chacun pourra projeter ses propres réminiscences sur les compositions de Wenceslas, tant elles regorgent de pouvoir séminal. Collages de Moholy-Nagy, poèmes d’Henri Michaux, musique de Varèse ?
Mais les évocations ne sauraient épuiser l’intrinsèque. Wenceslas est un artiste du regard-signature. Ce bohémien de Marseille et de Paris a inventé une élégie aux cités. Ce sorcier des mélanges infuse dans nos psychés une matière de songes.
LES TROTTOIRS DE MARSEILLE
Wenceslas - Catalogue de l'exposition de Marseille - Juin 2022
J’ai largué les amarres du Vieux-Port en 1983 pour voguer vers Istanbul, où vivait ma grand-mère tchèque dans un yali au bord du Bosphore. Marseille fut donc pour moi un point de départ, il y a près de 40 ans.
Français par mon père, praguois par ma mère, je me suis toujours senti mi-parisien, mi-bohémien.
Il y a deux ans, à l’aube de la Covid, Marseille m’a rappelé grâce à la belle intuition de ma femme Laurence, qui avait deviné que cette ville deviendrait notre port d’attache idéal pour un nouveau départ.
J’ai donc adopté Marseille en 2020 comme ma nouvelle capitale de cœur. Nous y habitons désormais, à quelques encablures du Vieux-Port, point de confluence de mes promenades quotidiennes.
C’est la ville où s’écrit désormais mon présent et mon futur.
C’est en pérégrinant chaque jour dans ses rues que j’en ai absorbé la lumière incomparable.
Ces « errances urbaines », chères aux Situationnistes, menées à pas lent, mon iPhone à la main, le regard attentif posé au sol devant moi, m’ont remémoré ces années 70 où j’avais composé mes premiers collages photographiques : « sur les Toits de Paris » et « Ondulations cartonnées ».
Au long de mes déambulations, mon regard s’est fixé sur des éléments, a priori insignifiants, qui habitent les trottoirs de Marseille : plaques d’égout, potelets de protection ou bordures de trottoirs, bouches d’incendie ou de gaz, portes d’immeubles, grilles de ventilation, passages piétons, ombres de balcons, ou d’autres, plus nobles, tels que fontaines, statues ou ornements d’édilité urbaine.
Ces « traces » m’ont offert une matière première pleine de poésie cachée ; elles étaient comme les vecteurs potentiels de paysages abstraits à créer.
Quand l’une de ces traces imprime soudainement mes rétines et m’impressionne par son sens caché qui se révèle à moi, je me penche en avant, je me voûte, l’objectif bien droit, pour la fixer « photo-graphiquement » comme un instantané de mes pas. J’enregistre aussitôt dans mon Smartphone ce morceau de réel pour le rendre mémorable et le transcrire dans mes œuvres, une fois révélées sur papier.
Ces « traces » des trottoirs de Marseille, marquées de l’usure de leur usage, sont à la base de mes photocompositions et donnent son titre à cette exposition.
Chacune de celles-ci est, à la fois, un hommage à Marseille, cette ville qui m’accueille avec énergie et chaleur, un salut au temps qui passe et une mémoire aux traces que chacun y laisse, moi itou... avec un grand bonheur.
SINGULIER ET PLURIEL
www.lautremag.news - Catalogue de l'exposition de Marseille - Juin 2022
Haute silhouette déliée, le regard céruléen semblable au ciel chahuté par le mistral, mi-frondeur, mi -rêveur, mais toujours prompt à saisir la singularité, l’occurrence qui magnifie un moment banal en un instantané criblé d’insolite et de fantasmagories, tel est Wenceslas, pèlerin moderne de nos villes-monde.
Ce Bohémien fier des origines tchèques de sa mère a, dès l’enfance, goûté aux merveilles des grandes cités européennes et méditerranéennes, berceaux des Beaux-Arts et de notre civilisation : Paris, Rome, Athènes, Istanbul, Prague, Madrid.
Les iridescences diaprées du Bosphore, de la Vltava de Prague ou du Tibre et les promenades muséales de son enfance avec son père à la découverte émerveillée des grands-maîtres ont tant irrigué le jeune Wenceslas qu’en lui, secrètement, une fibre artistique a forci. Elles ont concrétisé sa vocation d’architecte-urbaniste, puis de designer. Sa longue pratique professionnelle a affiné son sens du détail, tout autant qu’aiguillonné sa prédilection pour les géométries cachées.
Amoureux de Cézanne, Matisse, Kandinsky, Dali, Klee, Hantaï, Arman, Warhol ou Rothko, c’est souvent avec l’un d’entre eux en tête qu’il débusque la matière dont il fera un thème de ses « photocompositions ».
Arpenteur de l’étrange, il traque le passage du temps. De ces objets urbains hétéroclites, son objectif photographique en révèle l’usure, en tronque, en dissimule ou, a contrario, en célèbre l’usage, fragments recomposés de l’histoire commune.
“L’usure, c’est la beauté révélée des choses vieillissantes” dit Wenceslas.
Alors, vient le temps de colliger, d’accorder, d’unir ou de désunir ces centaines de traces fragmentaires en une photocomposition, un kaléidoscope qui donnera à voir le sens caché, la sensibilité artistique qui les a saisies. Au cœur des étapes procédurales, acte de naissance de chaque œuvre, se niche le moment privilégié de l’artiste : un patient travail d’accordage. Celui-ci peut tout aussi bien s’élaborer en quelques heures ou prendre des mois de réflexion, d’essais, de repentirs. Ce tissage des éléments photographiques est son jardin intime. Car l’homme est secret, se livre peu, se délivre en son art, uniquement.
Architecte de l’irréalité, issue pourtant des édilités du quotidien, Wenceslas rend un bel hommage au travail anonyme et graphique de ces objets, tout comme aux usages partagés de la toile urbaine, invisible, qui nous lie les uns aux autres.
Là est le paradoxe, là, surtout, est la poésie.
CONFINEMENT - DECONFINEMENT
Wenceslas - Catalogue de l'exposition de Lectoure - Mai 2023
C’est le 16 mars 2020, la veille de la Saint-Patrick, que nous avons définitivement quitté Paris pour nous « confiner », suivant les ordres d’Emmanuel Macron, pour plusieurs mois, sans connaître vraiment, au moment du départ, la durée de cette cassure soudaine dans nos vies.
Nous avons, bien naturellement et fort heureusement, choisi comme destination "la Bartavelle", notre maison de famille d’Eygalières et y sommes partis par le TGV de 17H30.
Ce confinement a été pour moi, comme pour d’autres qui ont eu cette belle et même chance de pouvoir trouver un havre de paix pour échapper à cette angoissante pandémie, dont personne ne savait dire où elle risquait de nous conduire, l’occasion exceptionnelle d’un véritable déconfinement mental et artistique, et, dirais-je, spirituel.
J’ai vécu ces moments imprévus et inédits comme une sorte d’initiation à vivre chaque instant dans sa durée, à passer du temps à contempler les Alpilles et à en discerner, chaque jour, les transformations qui s’y opèrent au Printemps : les lavandins qui s’élancent et tendent leurs tiges vers le soleil, les lagerstroemias qui font éclore leurs bourgeons au sortir de l’hiver, la lumière incomparable qui rend les couchers de soleil de Provence si différents et, chacun, si unique.
Dans ce temps long, quasi-suspendu à l’affût de nouvelles de la funeste vague, m’est revenu l’envie d’en capter des moments avec mon iPhone et d’en collecter des bribes d’instants, jusqu’à en constituer des collections d’images.
Ces images, je les ai récollées pour en imaginer des séries exploitables, puis les ai accolées une par une pour, qu’ensemble, elles prennent tout leur sens, puis les ai découpées. J’ai ensuite agencé et cadré tous ces fragments d’images et enfin, les ai collés, comme soudés l’un à l’autre, pour faire naître dans mes photocompositions des œuvres originales uniques, à l’image de mes premières créations en 1975. C’était il y aura bientôt 45 ans.
Je poursuis désormais, avec patience et passion, mon travail pour capter les « traces » que nous laissons chacun, avec la nature qui nous relie tous, et pour en faire témoignage à travers mes œuvres.
LE REGARD ALCHIMISTE
Alain Vircondelet - Préface de l'exposition de Lectoure - Mai 2023
C'est un regard, un prisme, un faisceau de lumières sur l'effaçable et gravé, sur l'éphémère et l'éternel, sur le transitoire et l'immuable, sur la trace et le fugitif.
un regard qui arpente et qui capte, et capture, un regard qui erre aussi, solitaire et qui en a vu, depuis longtemps : des poussières d'étoile, des éclats de foudre, des brisures et des blessures. Un regard en quête forcément, qui cherche et n'ignore rien du risque de trouver. Quoi ? Quel secret ? Quel mystère ? Des images arrachées à leur douleur statique de fonte ou de bois, aux yeux vairons de Bowie, aux flashes acidulés de bad trips pop, aux mouvements impénétrable des sables, toujours mouvants, à tout ce qui échappe et dont personne n'est maître.
Le regard poursuit sa route, il vacille mais, tenace, la reprend. Les images, comme des séries, donnent le change, méconnaissables, parties vers des destinations illimitées, vers des royaumes inconnus, et pourtant c'est bien ce qui reste de nos marches. comme les dunes mouvantes des déserts, sans cesse modelées par des vents indifférents au désir d'éternité, les traces de la marche s'effacent et se brouillent.
Le regard-pèlerin de Wenceslas marque le passage. Il ne le fige pas pour autant, au contraire, il lui redonne source et vie, fièvre et sang, il l’irrigue et l’anime. Animer, c’est redonner présence à l’âme, à l’esprit qui infuse le Vivant. C’est ainsi que s’adressent à nous les œuvres de Wenceslas. Ce que l’on croyait déjà vu, déjà croisé, devient totalement inédit, neuf, sortes de mantras que leur auteur pourrait faire répéter à l’infini. Les images saisies dans leur quotidienneté, banalisées souvent au point de devenir illisibles à nos yeux dans leur rassemblement savant, celui que Wenceslas agence, provoquent alors le vertige. C’est à cet instant précis de l’ajustement des clichés que, si l’on en croit Umberto Eco, dans son fameux livre sur le vertige des listes, Wenceslas, à l’instar de Joyce, de Borges, de Pérec, comme de Klee, de Peter Blake, de Warhol ou de Robert Rauschenberg, transforme son inventaire en « liste poétique ». C’est tout le sens des paroles de Rimbaud dans ce langage inventé ici présenté : « Ecrire des silences, des nuits, noter l’inexprimable, fixer des vertiges ». Wenceslas donne ainsi à voir ce qui n’était pas en réalité « fini ». Les possibilités d’expansion dont il témoigne, font vaciller nos regards, et tout ce que les sommes théologiques, les encyclopédies ont tenté de figer, dans leurs vains répertoires, est ici comme pulvérisé, éclaté en un effervescent mélange qui remodèle d’une certaine façon le monde, renouvelle les rapports secrets qui le gouverne, et vient fonder d’autres hiérarchies, susciter d’autres échanges, pluriels et inconnus, ravir enfin, par sa force éruptive, notre propre regard jusqu’à l’émerveillement.
WENCESLAS
Cyrille Putman - Préface du catalogue de Arles - Juin 2023
Wenceslas est un drôle de cas majuscule.
Touche à tout, il construit une oeuvre en dehors des sentiers escarpés.
Ses collages accumulatifs embrassent une vision de ce monde qui tourne plus vite que la musique.
Ce travail intimiste, réjouissant et raffiné, nous embarque dans son voyage mental, là où le temps s'est arrêté.
Laissez-vous porter par le travail de Wenceslas, personnage atypique.
Vous allez découvrir sa perception du temps qui passe, sans vous faire perdre le vôtre.
REGARDS CROISÉS : PRÉFACE DE L'EXPOSITION DE PARIS - HÔTEL DE L'INDUSTRIE - OCTOBRE - NOVEMBRE 2024
Alain Vircondelet - Juillet 2024
« Cher Marc Lambron, nous avions déjà chacun préfacé les deux premières expositions de Wenceslas (l’une à Marseille en juin 2022, l’autre à Lectoure un an plus tard), consacrées à ce travail « sériel » comme on parle d’un roman choral, qui fait de lui, à mes yeux, un pèlerin de l’art, un quêteur d’images.
Sans nous concerter, nous étions parvenus au même constat : son travail offrait des désignations illimitées, imposait une dimension kaléidoscopique, qui touchait au fantastique comme au merveilleux, en tout cas, au surréel.
Aujourd’hui encore, il revient à ce protocole qui lui donne de nouvelles images, tout aussi inédites que celles que nous connaissions déjà.
J’aime ce travail dont on sait, vous et moi, comment il a été conçu : dans une forme de nomadisme erratique, aux aguets d’une autre réalité. Et cela, grâce à cette marche quotidienne dans Marseille, sa ville d’adoption et à ce regard aiguisé, tous deux nécessaires au travail de Wenceslas, perçant là où la banalité a cru se fixer et dont il débusque très vite les failles, les fissures, d’où jaillissent les émotions et les révélations.
Mais il n’y a pas que la cité phocéenne dans cet album conçu comme une chambre d’échos : Prague, Eygalières, Saint-Germain-des-Prés s’associent à cette aventure singulière.
La juxtaposition des images faisant séries, outre leur qualité pulsionnelle, elle trahit une autre représentation de l’urbanité. A qui sait voir, comme Wenceslas, il est accordé de lire autrement les parcours et les déambulations régulières des citadins d’un XXI° siècle déjà codifié. Wenceslas au contraire, subvertit cette quotidienneté subie et fait émerger par le pouvoir « hystérique » de la série, d’autres mondes, d’autres climats.
L’histoire de l’art nous a déjà habitués à ce genre particulier et musical où s’alignent les mêmes motifs pour les revisiter sous d’autres lumières, d’autres pensées : des fameux livres d’heures du Moyen Age aux estampes de Hokusai, des peintures de Monet (la cathédrale de Rouen) aux arbres évolutifs de Mondrian, de la suite de Guitares de Picasso aux papiers découpés (ou à ses Nus de dos) de Matisse, ou encore des séries pop art de Warhol aux pois blancs de Kusuma.
Dans l’espace de jeu infini d’une urbanité ou d’une nature profusionnelle, les séries de Wenceslas me font irrésistiblement penser par la torsion, l’inversion, l’inclusion, la conversion, la juxtaposition des images, à des espaces à venir ou à des vestiges d’un temps passé. Des silhouettes traversent les photographies comme des entités émergeant d’un fonds millénaire. Il en va ainsi de la murène de Manosque au pelage d’ocelot ou ce varan saisi sur le rebord d’un trottoir.
Le travail de Wenceslas réside dans cette disposition première et fondatrice de ne pas laisser les choses et le monde en l’état qu’ils donnent à voir. Mais d’une certaine manière à les transcender et à les subvertir, leur accordant ainsi des destins illimités et les révélant à leur identité méconnue. A sa façon, Wenceslas contribue alors à décoder l’illisible.
Umberto Eco, faisant l’apologie de la série, a bien démontré cette fascination du regard qui retourne à son objet et le dissèque, le découpe, le réorganise, injectant aux choses (bouches d’égout par exemple) une autre circulation « biologique », une cellularité inconnue, un tissu, voire une peau d’une autre qualité.
En fait, ces compositions, parties d’un réel bien répertorié s’évadent de leur utilité et prennent une indépendance palpable, sensible et quasi biologique.
Les quatre saisons par exemple (« La Diagonale du fou, La Vigne-vierge d’Endoume), sont ainsi appréhendées et rendues à leur liberté : on les croyait fixes, codées, datées au fil de l’année depuis des temps immémoriaux et il n’en est rien : le mur d’Endoume s’assigne d’autres rôles, les racines et les branches de la vigne-vierge remodèlent d’autres territoires, des croisements et des contournements urbains inconnus, quand, en une autre saison, il se couvre d’un feuillage exubérant, livré à leur ordre naturel.
On assiste alors à une forme de réalité « dégenrée », ouverte à d’autres possibilités naturelles : une réalité refusant en quelque sorte son assignation « de naissance ». Elle se trouve là, la modernité de Wenceslas, dans une forme de désobéissance à la loi naturelle, aussi libérée que l’étaient les premiers surréalistes à l’aube de leur singulière aventure.
MARC LAMBRON
de l'Académie Française - Juillet 2024
Je partage, cher Alain Vircondelet, toutes vos approches, notamment en ce qu’elles soulignent les décadrages qu’opère Wenceslas par rapport à ce qu’il est convenu d’appeler une représentation.
Sa manière me fait songer à la définition que Flaubert donnait du roman, une « savante rotation d’aspects ». Il combine l’aléa d’une promenade urbaine, donc un mouvement cinétique, avec un principe de prélèvement et de réassemblage. A partir de formes naturelles ou d’artefacts industriels, il infère une nouvelle figure hybride, qui porte le stigmate de son origine mais le déjoue par cette cannibalisation particulière. C’est de la mimesis transformée. Il disloque le représentable, mais en tire souvent des hypothèses de mutations. Un pantalon contient la possibilité figurative d’une murène, une bordure de trottoir accouche d’un varan. Un panneau urbain étoilé par un impact d’émeute devient feu d’artifice. Une plaque de gaz était grosse d’une forme indevinée : un smiley.
Il y a chez Wenceslas, évident, un jeu sur le temps, ou les temps. Les tramways, les bouches d’adduction d’eau, les structures ferreuses d’une Prague 1920, rémanentes de l’époque de Kafka, captent le moment d’un pacte renoué avec l’origine de sa famille maternelle. Il pointe explicitement des antécédents revendiqués, citant Piranèse, Braque, Soulages, et rendant hommage à Man Ray. A certains égards, cet art fait d’une matière de reflets est aussi riche en palimpsestes, ces manuscrits médiévaux sur lesquels la dernière couche d’écriture recouvrait un texte antérieur. Et l’on pourrait aussi le mettre en relation avec l’incurvation mentale qui a offert à l’art occidental un substrat pour de nouveaux possibles, la révolution cubiste.
Là encore, hériter est transmuter.
Si Wenceslas s’attache à des surfaces-écrans, murs ou trottoirs, c’est encore par remontée vers un art pariétal qui fut le primitif d’un futur, dans les grottes d’Altamira ou de Lascaux. En un sens, il infuse du paléolithique dans les NFT.
Je suis sensible à la puissance d’énigme de ces variations. Ce dernier vocable, à résonances musicales, pourrait convenir aux déclinaisons que Wenceslas orchestre. Faire chanter le fer, c’est une idée rimbaldienne, le poète dont le regard se posait sur les « Acropoles officielles » pour en tirer une étoffe onirique, des reconstructions par le vertige.
Et l’importance de Marseille dans son œuvre ne peut que m’évoquer le lieu où Rimbaud paracheva son destin. Si j’avais à suggérer à l’artiste une nouvelle variation, je la souhaiterais autour de cette plaque qui orne un mur de l’hôpital de la Conception : « Ici, le 10 novembre 1891 revenant d’Aden, le poète Jean Arthur Rimbaud rencontra la fin de son aventure terrestre ». Ce serait aussi pointer la place de l’absent, ou la présence spectrale de l’invisible.
Car Wenceslas estompe ou laisse deviner qu’il y a des passants, des vivants, des êtres humains comme démiurges ou témoins, mais ils restent contenus dans une coulisse.
La bordure d’un trottoir porte l’ombre de l’homme qui l’a photographiée, elle pourrait même indiquer l’heure du jour où le cliché fut pris, mais l’homme reste sans visage. De même, les nombreuses plaques en fonte témoignent de la réalisation d’un ouvrage manufacturé ainsi que de la vie souterraine des sous-sols d’une cité, mais elle est comme abandonnée, neutronisée.
Wenceslas est architecte de formation : il a appris à reconfigurer un paysage urbain pour l’offrir à des résidents avant de s’effacer. En cela, il est un artiste de la trace, un archiviste des disparitions.
EDOUARD-VINCENT CALONI
Préface de l'exposition de Paris - Hôtel de l'industrie - Novembre 2025
Vous prenez le Tramway, à Paris, Marseille ou Bordeaux. Le temps d’un trajet, vous êtes dans vos pensées ou bien, vous regardez la ville défiler sous vos yeux. Pas Wenceslas. Lui, il va se concentrer sur le soufflet qui articule les deux rames, le photographier 20 fois, 100 fois. Une fois les tirages effectués, il les positionnera sur un grand format. Après l’œil du Photographe, la main du Designer de matériel photographique interviendra, construisant et déconstruisant sans cesse, jusqu’à l’équilibre enfin trouvé et souhaité. C’est ainsi que se créée une œuvre que je ne me lasse pas de regarder, « l’Accordéon Tram T2 ». C’est beau. C’est magique. Wenceslas est un poète des détails de la ville en mouvement ou statique. Il y cherche des signes, des symboles, des formes et surtout, les trouve. Le profane, aveugle à la poésie cachée de la ville, ne voit rien ou si peu. Merci à Wenceslas de me rendre la vue sur ce qui pour moi n’est que goudron, béton, métal. Merci de prendre le cliché avec le bon angle, la bonne lumière et la bonne distance sans lesquels il n’y aurait qu’un bout de matière informe. Wenceslas explore un nouveau courant artistique où les détails de la cité sont les morceaux d’un puzzle que lui seul sait assembler et donc, nous révéler. Wenceslas, c’est du « street designart ». Edouard-Vincent Caloni - Novembre 2025
PHOTOCOMPOSITIONS ET INSTANTANES
Wenceslas - Catalogue de l'exposition de Marseille
Chaque « Photocomposition » de Wenceslas est constituée de collages de photographies numériques originales, prises par lui seul. A celles-ci s’ajoutent quelques « Instantanés » pris sur le vif.
Afin de protéger le caractère unique de chacune de ses oeuvres, un Certificat Digital de Propriété (également appelé « Passeport NFT - Non Fongible Token ») y est collé au dos, sous forme d’une puce numérique, indécollable, inviolable et infalsifiable.
Ce certificat identifie son propriétaire et sa date d’achat. Il constitue le code ADN de l’œuvre, sa « carte grise numérique » unique. Preuve d’authenticité, ce certificat contient le nom de l’œuvre, sa date de création, ses dimensions et ses sources d’inspiration.
Il lui permet de conserver toute sa valeur au fil du temps.
Ces photos numériques ont été prises avec un iPhone 6 Plus et un iPhone SE, Iso 40 à Iso 400. Certains sujets ont fait l’objet de plusieurs prises de vue semblables, mais chacune d’elles constitue une photographie unique, reprise parfois en fonction de la lumière ou du recadrage désiré.
Elles sont imprimées en jet d’encre 12 couleurs sur papier HP satiné 235 g ou sur papier argentique brillant Fujicolor Crystal Archive Paper Supreme, entourées d’un passe-partout biseauté de coloris blanc, ivoire ou noir suivant les thèmes et encadrées sous verre avec cadre noir, aux formats de marie-louise 20 cm x 30 cm ou 21 cm x 29,7 cm, 30 cm x 40 cm, 40 cm x 50 cm et 50 cm x 65 cm.
Le Passeport NFT de chaque photocomposition de Wenceslas est généré par un scan sur Smartphone, réalisé lors de la vente de l’œuvre. Chaque œuvre sera consultable via l’application Trust-Place, société française spécialiste de la Propriété Numérique basée à Marseille, qui accompagne Wenceslas dans la révolution du NFT.
Vos photocompositions seront visibles prochainement sur le site Web www.wenceslas.fr et sur la marketplace virtuelle Open Sea.
PLONGÉE DANS LE MONDE DES NFT
Didier Mattalia - Co-fondateur et DG de Trust Place - Catalogue de l'exposition de Marseille - Juin 2022
Blockchain, NFT, Metaverse... Ces mots étranges s’affichent de plus en plus dans la presse et dans notre quotidien, sans pour autant que leur signification soit réellement comprise par la majorité d’entre nous. Wenceslas nous offre, au travers de ses œuvres, une immersion à la croisée des mondes réels et virtuels, que nous vous invitons ici à découvrir et à apprivoiser.
Pour faire simple, un « NFT » (Non Fongible Token - Jeton Non Fongible) est associé à un actif matériel et en atteste la propriété. Il est la preuve irréfutable qu’un produit physique (une œuvre d’art par exemple) ou digital (comme un objet existant dans un jeu vidéo) vous appartient.
Un NFT ne peut donc avoir qu’un seul propriétaire.
Ces NFT sont portés par la technologie blockchain. Celle-ci permet de les horodater, de les stocker et de transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe de contrôle. Il faut l’imaginer comme une base de données géante qui contient l’historique de tous les échanges réalisés entre utilisateurs depuis sa création et dont les informations, cryptées, ne peuvent être effacées.
Utilisé sous forme de double digital d’un produit physique, comme un tableau, le NFT devient son passeport digital, sa « carte grise numérique », certifiant ainsi son origine et son authenticité.
En effet, la particularité du NFT est qu’il est non fongible, non divisible et ne peut être falsifié. Un jeton non fongible est donc unique, car un seul exemplaire peut être émis pour être rattaché à un actif.
Le futur n’a donc jamais semblé aussi proche. Lier le monde physique et le monde digital, explorer les confins numériques du Metaverse, ces mondes virtuels à l’intérieur du monde, potentiellement sans limites, devient aujourd’hui une réalité. La maison de vente Sotheby’s a lancé sa plateforme Sotheby’s Metaverse, où elle organise des ventes aux enchères d’œuvres virtuelles, reproduisant son mythique siège londonien dans le Metaverse « Decentraland », où l’on peut visiter ses galeries, ses expositions de NFT et suivre les ventes en direct. De quoi faire tourner la tête des acheteurs traditionnels, qui partagent désormais le terrain avec des jeunes Gamers dont le pouvoir d’achat se compte en crypto-monnaies.
Mais au-delà d’attiser l’attention médiatique, les NFT sont aujourd’hui perçus comme de véritables atouts marketing. En effet, la blockchain et les NFT permettent aux artistes d’authentifier de manière unique leurs œuvres, tout en créant un contact particulier avec leurs acquéreurs et de le cultiver au fil du temps. C’est également un moyen de lier tableau physique dans le monde réel et œuvre digitale dans le monde virtuel, au travers d’un passeport numérique, véritable ADN du produit.
C’est donc avec plaisir que nous accompagnons Wenceslas dans cette plongée entre réel et virtuel, faisant entrer ses œuvres, ainsi que leurs futurs propriétaires, dans l’univers infini de la propriété numérique.